Le Cahier


"Le cahier", une oeuvre de Jacques Danois, que Roger Simons interprète au Théâtre Littéraire de La Clarencière, à partir du 13 octobre jusqu'au 15 octobre.

"Il s'agit d'une « lecture vivante » que vous regarderez, sur la scène et que vous écouterez, comme on écoutait jadis, des dramatiques à la radio.  Il s'agit d'un nouveau concept de « La Radio au Théâtre » que nous innovons avec ce spectacle, mes collaborateurs, mon metteur en scène et moi-même", nous précise Roger Simons.

Un homme, seul, dans une maison éloignée, en bord de forêt se pose des questions sur tout et sur rien. Les animaux qui nous entourent sont-ils des êtres inférieurs ?Le Cahier… une nouvelle fantastique ? un monologue sur la vie ???
Infos pratiques:
Jeudi 13, vendredi 14 et samedi 15 octobre à 20h30
Au Théatre de la Clarencière
Rue du Belvédère 20
1050 Bruxelles
(juste derrière le bâtiment de Flagey)

Prix: 12 € (étudiants 8 €)

Reservation: www.laclarenciere.be ou 02/ 640 4676



Mise-en-scène : Bernard Lefrancq (que vous applaudissez souvent au Théâtre Royal des Galeries)

Avec la participation de SONUMA, les archives audio-visuelles.

Jacques Danois a été successivement comédien (au Parc notamment) puis grand reporter à RTL (il a couvert la guerre du Vietnam). Il a ensuite été responsable de l’information pour l’Unicef un peu partout dans le monde. Il est l’époux de Yolande Valois, comédienne. Il est décédé en 2008. 
Il a écrit plus de 30 livres et 6 œuvres pour le théâtre, dont « La Bavure ».



"La langue française en danger à 298 km de Paris"

Interview de Jacques Danois par Yves Sauton, son et images de Alain Igonet.

Les sons de l'hommage

Jacques Danois lit Trace (de Roger Gicquel)

Yolande lit La Règle, Les Briques Fades, Vacances Au Pays


Paul Anrieu lit Cher Jacques d' André Desforges et nous raconte ses rencontres de théatre


Paul Anrieu lit Éclats de Mémoire


Ariane Alban lit Trac

Hommage à Jacques Danois

Photos, textes, peintures et souvenirs personnels
Témoignages et lectures de poèmes
Extraits de ses romans, de ses reportages et de ses pièces de théâtre
Cocktail de l'amitié
Quand: Le dimanche 22 novembre à 14h30
Où: au Théâtre les Ateliers d'Amphoux à Avignon

Voici quelques photos de cette journée (photo JC Boquet, Caroline et Etienne)


Et merci à tous les amis pour leur participation !

Il était notre frère et se nommait Jacques Danois




Il était notre frère et se nommait Jacques Danois (par André Desforges pour Les Dossiers d'Aquitaine)



Journaliste, grand reporter, il a gracieusement fourni une quantité de reportages, d'interviews, de libres propos, à La Revue des Dossiers d'Aquitaine et d'Ailleurs, depuis sa création en 1978. Il était notre frère...
Grand Jacques, nous a quittés le 20 septembre 2008, à l'âge de 81 ans à Carpentras, suite à une longue maladie. Lucide jusqu'à son dernier souffle, il n'a cessé tout au long de son existence de lutter pour la défense "du petit de l'homme" contre la barbarie des tueurs et dictateurs sanguinaires. Les enfants de tous pays, victimes des folies politiques, des épidémies et autres malheurs ont trouvé en Jacques Danois leur protecteur.
Grand reporter pour RTL, il a couvert les guerres d'Afrique (Algérie, Congo...) et d'Asie (Vietnam). Il devient le responsable de l'information à l'Unicef, il enregistre, filme, écrit pour la défense des enfants. Il participe à la rédaction de la charte des Droits des enfants. À la retraite il devient secrétaire puis vice-président de l'Association Amade (Association mondiale des Amis de l'Enfance) fondée par la Princesse Caroline de Monaco.
Enfants brûlés au napalm sur les trottoirs de Saïgon, enfants vendus par leurs parents pour une poignée d'euros, enfants guerriers et tueurs dès l'âge de sept ans, enfants creusant des tunnels dans les mines, enfants violés et jetés dans les bouges de la prostitution, enfants volés pour leur arracher les yeux et autres organes, enfants martyrs de tous pays, Jacques Danois a défendu leur cause, comme celle du tiers monde dont ils sont souvent originaires.




Jacques Danois, notre ami et notre correspondant depuis la création de la Revue en 1978, nous a fait parvenir des reportages d'Asie, d'Afrique, d'Amérique que nous avons publiés, parfois, avant la grande presse quotidienne ou hebdomadaire. Ses articles, tous porteurs d'humanisme (et parfois de colère) restent parmi les plus sincères, les plus sensibles, les plus remarquables de La Revue des Dossiers d'Aquitaine.
Quand nous avons commencé l'édition, il est devenu notre auteur-phare avec le succès de son premier livre édité dans notre maison "Printemps blessés" (Grand prix de l'Académie de Belgique) et des suivants englobant reportages, témoignages, contes, pièces de théâtre.
Ami d'Aguigui-Mouna et de tous les pacifistes, c'est avec une grande tristesse que la plupart d'entre nous avons appris son départ vers un monde sans doute meilleur que le nôtre et où les enfants jouent sans se soucier des périls de la guerre ou de la méchanceté des adultes.

Caroline, cette orpheline du Vietnam, sa fille adoptive témoigne "Comme je te l'ai murmuré souvent ces derniers jours, merci, merci, merci de m'avoir appris l'amour universel et d'avoir partagé ton humour décapant. Et surtout merci pour m'avoir aimée pour ce que je suis. Tu as réussi à combler ma tristesse de ne pas connaître les parents qui m'ont conçue..."

Yolande Valois, sa compagne après une vie partagée durant 55 ans et si riche en voyages, rencontres, dialogues, conférences, pièces de théâtre... continue à vivre "main dans la main en essayant de continuer les projets pour simplement dire encore une fois : je t'aime".
Jacques, Yolande, Caroline nous les avons aimés et appréciés dans les salons du livre, dans nos rencontres culturelles... Ils sont notre mémoire, notre aventure...
Ne parlons pas de deuil mais d'amour et l'authenticité unissant les êtres de bonne volonté. Jacques, Grand Jacques les enfants et les poètes t'embrassent.

André Desforges pour Les Dossiers d'Aquitaine

par Luc Beyer de Rycke dans "Les Cahiers de la Semaine" (Antwerpen)

Jacques Danois nous a quittés le 20 septembre


Après 55 ans de mariage, nous avions encore tant de projets, je les ferai en pensée avec toi et continuerai à vivre main dans la main dans ton esprit de compassion et d'intérêt aux autres. Je t'aime, Yolande.

Papa, il y a juste un an tu nous disais:
"...mais quand même 80 ans c'est un long morceau d'existence..." [video]
Pour moi, pour nous, c'est trop court, vraiment. A toujours !
ton fils, Etienne


Comme je te l'ai murmuré souvent ces derniers jours, merci, merci merci de m'avoir appris l'amour universel et d'avoir partagé ton humour décapant. Et surtout, merci de m'avoir aimée pour ce que je suis. Tu as réussi à combler ma tristesse de ne pas connaître les parents qui m'ont conçue. Je perds deux papas à la fois. Si nos vies se sont recontrées, elles le feront encore dans de prochaines...En attendant de revivre cette fusion affective, je continue à porter tes messages et tes leçons de vie. Ta fille, Caroline


"…Imaginer la mort est un exercice qui freine quelquefois notre gourmandise de voir devant nous. Pourtant si l’on parvient à échanger l’angoisse ressentie à l’idée de la fin de vie contre une immense curiosité de l’ « Après », la « chose »devient plus acceptable et laisse notre imagination, ce merveilleux carburant de l’esprit, s’épanouir …"

Jacques Danois, Histoires du futur, 2006

Festival de Television de Monaco - Le Prix "Amade-Mondiale"


Le prince Albert II de Monaco et Jacques Danois président du Jury AMADE (photo Gaetan Luci - Palais Princier - Monaco)

Le continent africain est illuminé par le sourire éclatant de ses enfants..

Pourtant il est un endroit du Ghana, sur le lac Volta, où les visages enfantins ont l’air d’avoir été assassinés. Ceux des petits pêcheurs qui souffrent et meurent en plongée profonde dans des eaux insalubres .

Mais leur souffrance n’est pas que physique. Ils ont été vendus par leurs parents pour une trentaine d’Euros à des gens sans scrupules qui les exploiteront pendant ce qui restera de leur courte vie.

Leur plus grande souffrance vient du fait qu’ils ont assisté au marchandage auquel se livraient parents indignes et prédateurs de l’enfance. Jamais aucune lumière ne viendra éclairer leurs yeux.

La télévision portugaise, TVI, a reçu le prix spécial de l’AMADE pour avoir raconté cette histoire en images. On sait qu’un grand morceau du cœur portugais est africain c’est sans doute la raison pour laquelle la reporter Alexandra Borges a glissér un peu d’espérance dans son reportage en montrant comment des hommes d’Afrique luttent contre des « crimes » en recueillant ces petits dans des centres nommés « villages de l’espoir ».

Sous tous les cieux s’occuper de l’enfant n’est jamais de l’enfantillage.

L'emploi du temps

Öng Tran van Loo est un vieil ami de Saïgon. Il possède une qualité assez particulière.
Assis dans le fond de sa boutique il parvient a discerner dans la demi-obscurité les choses les moins visibles. Les ombres lui racontent des histoires affirme- t-il.

-C’est bien normal, je suis antiquaire, je vis au milieu de vieux objets.

-Ils ont beaucoup de choses à dire? Ils vous parlent du temps passé. Ne croyez-vous pas ?

Un léger grincement, sans doute un rire discret, agrémente sa réponse.

-Non, mon ami, car ce n’est pas le temps qui passe ; c’est nous qui passons. Le temps s’étale aussi bien devant que derrière nous. Qui peut prétendre que l’avenir sera plus long que le passé ? Lorsqu’on a atteint 80 ans il ne s’agit plus de compter le temps ; Il faut commencer à garnir son éternité en sachant qu’elle n’est pas le temps qui ne s’arrête jamais. L’éternité est tout simplement l’absence du temps. .

-Monsieur Loo, vous vendez de vieilles horloges et vous croyez que peut être le temps n’existe pas ?

-Si je croyais à l’existence du temps je l’aurais employé à quelque chose ! Or je n’ai fait qu’attendre qu’il passe, c’est donc lui qui m’a employé pour que je le regarde défiler devant moi.

-Vous pensez qu’il faut tout simplement laisser couler le temps ?

Le grincement de son ricanement prend de l’ampleur pour devenir un mélange de rire et de petits sanglots.

-Oui, comme on laisse couler un bateau dont la coque est pourrie.

LA VERITE DU CINEMA et LE CINEMA VERITE

Est- ce par pudeur ou par peur que souvent nous avons l’habitude de dire « C’est du cinéma » lorsque nous n’osons pas regarder les réalités en face ?

Longtemps, le « Ciné » a été une espèce de drogue douce destinée à des spectateurs avides d’histoires nées de l’imagination des hommes.
La caméra n’était qu’un œil de verre ne se posant que sur la fiction dont le grand public était gourmand.
De l’autre côté de cette pupille artificielle se trouvaient des artistes, bien sûr, mais également et surtout des » marchands de rêves » figés dans la cellulose.

Mais même si la vérité, les vérités devrions nous dire, peuvent rester longtemps cachées, elles se manifestent tout d’abord dans l’esprit et le cœur de ceux qui la constatent grâce à leur travail accompli au plus profond de leurs découvertes des injustices, des malheurs, des abandons des lâchetés, des dangers dans lesquels vivent des millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui peuplent tant de régions de notre planète.

La vérité est, quoi qu’on en pense, contagieuse et finit toujours par apparaître aux regards de ceux qui savent donner aux images de la vie leurs vraies couleurs, surtout s’il s’agit de celle du sang ou des sombres noirceurs des menaces orageuses.

Si la réalité échappe parfois aux média, elle s’accroche de plus en plus à la curiosité des chasseurs d’images courageux qui ignorent les mensonges en carton-pâte et qui veulent montrer la vie, ,la vraie vie,.Celle qui n’est pas inventée par des « entrepreneurs- commerçants ».

Aujourd’hui ces cinéastes qui sont devenus témoins, savent ouvrir les yeux et les esprits du monde sur la douleur, les menaces et la mort dans lesquelles survivent les plus pauvres d’entre nous.

Jacques Danois

Mes vieux camarades de Jésus


En bref - Mis en ligne le 29/02/2008
ÉVOCATIONS - Mes vieux camarades de Jésus - Jacques Danois
Les Dossiers d'Aquitaine (7, impasse Bardos, 33800 Bordeaux), 90 pp., env. 15 €

Grand reporter pendant des décennies (guerre d'Algérie; Palestine et Israël ; Afrique ; Vietnam tout au long de la guerre des Américains), Jacques Danois qui, depuis de longues années, a mis son énergie au service des enfants d'Asie "pour les préserver de l'ignorance et leur ouvrir les portes du savoir", publie cinq portraits de prêtres dont la carrure d'âme et la soif de justice sociale l'ont impressionné. Dans le premier chapitre, ce témoin de "la folie des hommes et de l'absurdité de leurs tristes destins" évoque sa propre enfance, ses études (jusqu'à... la veille même du 10 mai 40) au collège Saint Michel tenu par les Jésuites, puis, pendant l'occupation, sa découverte des Franciscains au Chant d'oiseaux. Leur enseignement, leur simplicité, marqueront l'adolescent: "Les Pères devenaient missionnaires dans leur propre pays et nous, élèves d'une école chic de la haute société bruxelloise, étions égaux aux petits écoliers d'une école de la brousse africaine. Peut-être était-ce une première leçon d'antiracisme? " Et J. D. d'ajouter: "Etre simple était pour eux une forme de respect pour les petits d'hommes que nous étions. " Ce qui amène l'auteur à honorer la mémoire du père Agnello, qui, jeune ordonné, s'engagea comme volontaire dès le début de la Première Guerre et que les gaz allemands rendront aveugle. "Mais il savait donner à sa nuit toutes les valeurs de la lumière de l'esprit, toutes les couleurs de la cécité, comme il aimait le confier à ceux qui l'agaçaient en s'apitoyant sur son destin de prêtre aveugle." Du fondateur de l'OEuvre nationale des aveugles, le Jacques de treize ans sera l'enfant de choeur pour la messe basse, chaque matin à sept heures: "Pour la première fois de ma vie, j'allais servir à quelque chose." Un homme qui, dénoncé par un traître (pour avoir caché des aviateurs anglais et américains et des résistants au couvent), sera envoyé dans un camp d'extermination, d'où il ne reviendra pas. Dans ce livre d'entretiens - où le coeur parle à voix haute -, l'auteur des "Moineaux de Saïgon", vice-président de l'Association mondiale des amis de l'enfance, évoque d'autres âmes tout feu tout flamme, comme le père Fernand Parrel, correspondant de "La Croix" au Sud Vietnam dans les années 60, riche d'une expérience de quarante ans de mission en terre indochinoise, qui lui avouera: "Parfois, je me demande si je n'aurais pas mieux fait d'aider ces gens à mieux croire ce qu'ils croyaient plutôt que de les pousser vers une croyance différente." Un prêtre natif de Tours, formé au séminaire de Toulouse, qui "sous ses allures calmes, cachait une âme de révolutionnaire". Un ouvrage où l'infatigable auteur de "Micro au poing" s'interroge sur ses propres convictions, lui qui s'est éloigné de la pratique religieuse, de la foi chrétienne que lui inculquèrent ses parents : "A la question Croyez-vous en Dieu ?, je répondais en faisant mienne une phrase de Jean Cocteau : Je doute en Dieu. Mais en vérité, étant depuis des années correspondant de guerre, je doutais encore plus des hommes." D'autres pages saluent le père Pire, le dominicain belge originaire de Dinant, prix Nobel de la Paix 1958, l'apôtre des personnes déplacées qui créera les Îles de Paix. Les pp. 72 à 81 scrutent la personnalité d'un "Marine" de Dieu, l'américain Father Ted , dont Danois fit la connaissance au Cambodge en 1980. Ce "petit" livre émouvant, attachant et revigorant, célébration de la fraternité, s'achève par un hommage à Joseph Cardijn, le fondateur universellement connu de la Jeunesse ouvrière chrétienne. Que ferez-vous quand vous serez.... là-haut, demanda un jour Jacques Danois au Cardinal (né à Schaerbeek) âgé alors de 84 ans ? "Je m'occuperai des jeunes (...) Comme la petite Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus qui disait : je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre. Hé bien, si le Bon Dieu m'accueille dans son ciel, ce sera uniquement pour essayer de résoudre avec Lui ces problèmes honteux qui existent encore." (Fr.M.)

Il était une fois un Vaneau

Il était une fois un Vaneau ,un oiseau de théâtre libre dans le ciel de la comédie ,de l’art et du spectacle ! Un ami de toujours qui était plus mon frère que mon frère n’a été mon ami……Mais voila lorsque le 24 décembre 2007 je lui ai téléphoné à Sao Paolo ou il résidait depuis des années pour lui souhaiter une douce fête malgré sa maladie, sa fille Vania m’a dit simplement « Papa est décédé ce matin »

La première fois que j’ai rencontré Maurice Vaneau il avait une oreille plus grande que l’autre !Je ne sais plus si c’était la gauche ou la droite.De toute façons lorsqu’il bougeait et tournait la tête, la gauche passait à droite et vice- versa. Il faut dire que je ne le voyais pas de très près car j’étais assis au fond de la salle M du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Jeune comédien je pataugeais dans la vie théâtrale renaissante de l’après-guerre entre le Conservatoire et les cours de Max Péral, un vieux comédien français qui a tout appris aux acteurs de ma génération, j’étais figurant , "panouflar" et souffleur d’occasion au Théâtre royal du Parc et je jouais aussi de très beaux rôles dans une compagnie itinérante »le Théâtre de l’équipe » dirigée par un merveilleux fou nommé Fernand Piette qui crevait de faim avec sa petite fille et sa femme mais qui n’était jamais I0 minutes en retard pour payer généreusement ses comédiens.Pendant mes temps libres je me glissais clandestinement dans les salles de la ville où se répétaient des pièces. C’était le cas du » Rideau de Bruxelles » où Maurice jouait un petit gnome si je me souviens bien . Enfoncé dans mon fauteuil de resquilleur soignant en même temps ma gueule de bois habituelle, j’étais indigné de voir les autres comédiens tirer la grande oreille de celui qui, tout en étant né de parents différents, allait devenir mon frère. A la pause de la « répet », toujours sans demander la permission et profitant de mon don d’absence naturel je passais des rangs du public absent aux coulisses et loges d’acteurs. De visu j’ai alors constaté que l’oreille de Vaneau était fausse ! Quel soulagement de n’avoir pas assité à la torture en direct d’un petit handicapé du pavillon auditif! En vérité Maurice était un jeune comédien plein de ressources. Il ne se contentait pas comme le font beaucoup d’acteurs de se regarder lui-même. Rien ne lui échappait dans son environnement, ni les décors ni la mise en scène qui deviendra par la suite son outil de choix. Excellent dessinateur et fin observateur de tout ce qui sortait de la routine du théâtre ,il était un novateur sans devenir un hurluberlu d’un théâtre sans âme voulu par ceux qui ont donné à leur fonction de « metteur en scène », une place tuant celle de l’auteur et de ses interprètes. Son physique de mime et de personnage de la comédia dell’ arte lui ont permis rapidement de jouer et de monter des œuvres de répertoires allant de Feydeau aux auteurs américains les plus modernes. A la ville nous ne nous sommes plus quittés .Il était beaucoup plus sérieux que moi. S’il m’accompagnait dans mes virées nocturnes pour faire le tour de tous les cafés d’étudiants de la ville, il n’était pas , comme ma pauvre personne, un alcoolique sans volonté. Je dépensais mon peu d’argent à sortir et à boire mais lui se gardait de l’inutile pour se préparer de beaux voyages. L’Italie, l’Espagne… À chaque retour il racontait toutes ses découvertes comme l’aurait fait un grand reporter. Puis il est parti en stage en Amérique ! Là il s’est réalisé encore plus et a ramené les « States » dans ses valises . Grâce a lui j’ai connu New York bien avant d’ aller y vivre pendant 8 ans dans les années 70. La distance n’a jamais existé entre nous. Lorsque j’ai été engagé à Paris par Popesco pour jouer un Goldoni avec Suzanne Flon, nous avons partagé le même petit appartement. Si Maurice avait beaucoup a faire dans la capitale française son cœur et son âme était toujours en voyage, surtout en Amérique latine. C’est finalement à New York que nous avons recommencé à travailler ensemble nous qui avions joué tous les auteurs classiques et modernes sur les scènes les plus invraisemblables de Belgique. Je dirigeais, aux Nations-Unies, le Service audiovisuel de l’UNICEF. Avec son épouse , Célia Gouvéa , danseuse et chorégraphe de grand talent,il a réalisé un vidéo spécial pour l’Année de l’Enfant (78/79). Les techniciens de l’ONU étaient heureux de quitter leur corvée d’enregistrement de discours officiels, sibyllins et oiseux, pour venir vivre avec Maurice et Célia des moments de vérité et de talent. Moi j’étais fou de joie de retrouver l’ambiance de travail qui avait été la nôtre pendant notre tournée au Congo belge en 1951. Nous nous partagions le boulot de régisseurs en plus de celui de comédiens. Les difficultés étaient grandes, les salles de spectacle mal ou pas équipées pour ce genre d’aventure. Maurice faisait des miracles pour faire tenir debout des planches , des tubulures afin de tendre des toiles peintes sensées être des "décors en dur" ! Sa franchise et sa liberté de parole n’a trouvé aucun frein lorsque Claude Etienne qui dirigeait ce voyage du Rideau de Bruxelles a, une demi-heure avant le lever de rideau, tout fait s’écrouler en voulant ajouter le geste du »Chef » à celui de humbles travailleurs que nous étions Maurice et moi. »Avez-vous jamais vu un con pareil » a crié Maurice libérant ainsi un grand nombre de ses frustrations vis à vis du Patron. En toutes circonstances Vaneau a toujours manifesté sa liberté de parole. Son charme adoucissait ses interventions parfois très »directes » mais nul ne lui en a jamais voulu . Certainement jamais moi à qui, en vrai frère, il n’a jamais dit un mot de travers ni fait aucun reproche. Pourtant j’étais un garçon moins mûr que lui. Il me pardonnait d’avance, mes idées parfois curieuses. Que de premières, de réceptions, de tournées,de répétitions,de réalisations, de fou-rire vécus comme des gamins et des hommes ! La distance en kilomètres est grande entre ma Provence et son Brésil »Il faut trouver quelqu’un pour réparer ça »m’avait t'il dit récemment au téléphone. De toutes façons rien surtout pas la mort, ne peut ni ne pourra jamais briser notre fraternelle histoire, avec un grand H.

Jacques Danois