Hommage - TeleVisions (Monte-Carlo)

Il était notre frère et se nommait Jacques Danois




Il était notre frère
et se nommait Jacques Danois (par André Desforges pour Les Dossiers d'Aquitaine)



Journaliste, grand reporter, il a gracieusement fourni une quantité de reportages, d'interviews, de libres propos, à La Revue des Dossiers d'Aquitaine et d'Ailleurs, depuis sa création en 1978. Il était notre frère...
Grand Jacques, nous a quittés le 20 septembre 2008, à l'âge de 81 ans à Carpentras, suite à une longue maladie. Lucide jusqu'à son dernier souffle, il n'a cessé tout au long de son existence de lutter pour la défense "du petit de l'homme" contre la barbarie des tueurs et dictateurs sanguinaires. Les enfants de tous pays, victimes des folies politiques, des épidémies et autres malheurs ont trouvé en Jacques Danois leur protecteur.
Grand reporter pour RTL, il a couvert les guerres d'Afrique (Algérie, Congo...) et d'Asie (Vietnam). Il devient le responsable de l'information à l'Unicef, il enregistre, filme, écrit pour la défense des enfants. Il participe à la rédaction de la charte des Droits des enfants. À la retraite il devient secrétaire puis vice-président de l'Association Amade (Association mondiale des Amis de l'Enfance) fondée par la Princesse Caroline de Monaco.
Enfants brûlés au napalm sur les trottoirs de Saïgon, enfants vendus par leurs parents pour une poignée d'euros, enfants guerriers et tueurs dès l'âge de sept ans, enfants creusant des tunnels dans les mines, enfants violés et jetés dans les bouges de la prostitution, enfants volés pour leur arracher les yeux et autres organes, enfants martyrs de tous pays, Jacques Danois a défendu leur cause, comme celle du tiers monde dont ils sont souvent originaires.




Jacques Danois, notre ami et notre correspondant depuis la création de la Revue en 1978, nous a fait parvenir des reportages d'Asie, d'Afrique, d'Amérique que nous avons publiés, parfois, avant la grande presse quotidienne ou hebdomadaire. Ses articles, tous porteurs d'humanisme (et parfois de colère) restent parmi les plus sincères, les plus sensibles, les plus remarquables de La Revue des Dossiers d'Aquitaine.
Quand nous avons commencé l'édition, il est devenu notre auteur-phare avec le succès de son premier livre édité dans notre maison "Printemps blessés" (Grand prix de l'Académie de Belgique) et des suivants englobant reportages, témoignages, contes, pièces de théâtre.
Ami d'Aguigui-Mouna et de tous les pacifistes, c'est avec une grande tristesse que la plupart d'entre nous avons appris son départ vers un monde sans doute meilleur que le nôtre et où les enfants jouent sans se soucier des périls de la guerre ou de la méchanceté des adultes.

Caroline, cette orpheline du Vietnam, sa fille adoptive témoigne "Comme je te l'ai murmuré souvent ces derniers jours, merci, merci, merci de m'avoir appris l'amour universel et d'avoir partagé ton humour décapant. Et surtout merci pour m'avoir aimée pour ce que je suis. Tu as réussi à combler ma tristesse de ne pas connaître les parents qui m'ont conçue..."

Yolande Valois, sa compagne après une vie partagée durant 55 ans et si riche en voyages, rencontres, dialogues, conférences, pièces de théâtre... continue à vivre "main dans la main en essayant de continuer les projets pour simplement dire encore une fois : je t'aime".
Jacques, Yolande, Caroline nous les avons aimés et appréciés dans les salons du livre, dans nos rencontres culturelles... Ils sont notre mémoire, notre aventure...
Ne parlons pas de deuil mais d'amour et l'authenticité unissant les êtres de bonne volonté. Jacques, Grand Jacques les enfants et les poètes t'embrassent.

André Desforges pour Les Dossiers d'Aquitaine

S.A.R. la Princesse de Hanovre évoque                        Jacques Danois


Remerciements: MONACO INFO, Amade-Mondiale

Hommage - Sabam

Rencontre éphémère - par EBAN, artiste peintre




par Luc Beyer de Rycke dans "Les Cahiers de la Semaine" (Antwerpen)

L'homme nagra par Jean-Pierre Farkas

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En souvenir de Jacques Danois








[Presse Décembre: Lou Passadou (Bédoin)]
[Presse Octobre: Les Cahiers de la Semaine, Nos Lettres France Bastia (A.E.B)]
[Communiqués: Fondation Jacques Brel, Amade Mondiale, Amade Mondiale 2]
[Presse du 22 Septembre: LaLibre, Le Soir, Exploration du monde]
[Presse du 20 Septembre: RTBF, Le Soir, La Libre]
[Evocations: Yves Gautier]
(Photo de André Zaleski)

Jacques Danois nous a quittés le 20 septembre


Après 55 ans de mariage, nous avions encore tant de projets, je les ferai en pensée avec toi et continuerai à vivre main dans la main dans ton esprit de compassion et d'intérêt aux autres. Je t'aime, Yolande.

Papa, il y a juste un an tu nous disais:
"...mais quand même 80 ans c'est un long morceau d'existence..." [video]
Pour moi, pour nous, c'est trop court, vraiment. A toujours !
ton fils, Etienne


Comme je te l'ai murmuré souvent ces derniers jours, merci, merci merci de m'avoir appris l'amour universel et d'avoir partagé ton humour décapant. Et surtout, merci de m'avoir aimée pour ce que je suis. Tu as réussi à combler ma tristesse de ne pas connaître les parents qui m'ont conçue. Je perds deux papas à la fois. Si nos vies se sont recontrées, elles le feront encore dans de prochaines...En attendant de revivre cette fusion affective, je continue à porter tes messages et tes leçons de vie. Ta fille, Caroline


"…Imaginer la mort est un exercice qui freine quelquefois notre gourmandise de voir devant nous. Pourtant si l’on parvient à échanger l’angoisse ressentie à l’idée de la fin de vie contre une immense curiosité de l’ « Après », la « chose »devient plus acceptable et laisse notre imagination, ce merveilleux carburant de l’esprit, s’épanouir …"

Jacques Danois, Histoires du futur, 2006

Festival de Television de Monaco - Le Prix "Amade-Mondiale"


Le prince Albert II de Monaco et Jacques Danois président du Jury AMADE (photo Gaetan Luci - Palais Princier - Monaco)

Le continent africain est illuminé par le sourire éclatant de ses enfants..

Pourtant il est un endroit du Ghana, sur le lac Volta, où les visages enfantins ont l’air d’avoir été assassinés. Ceux des petits pêcheurs qui souffrent et meurent en plongée profonde dans des eaux insalubres .

Mais leur souffrance n’est pas que physique. Ils ont été vendus par leurs parents pour une trentaine d’Euros à des gens sans scrupules qui les exploiteront pendant ce qui restera de leur courte vie.

Leur plus grande souffrance vient du fait qu’ils ont assisté au marchandage auquel se livraient parents indignes et prédateurs de l’enfance. Jamais aucune lumière ne viendra éclairer leurs yeux.

La télévision portugaise, TVI, a reçu le prix spécial de l’AMADE pour avoir raconté cette histoire en images. On sait qu’un grand morceau du cœur portugais est africain c’est sans doute la raison pour laquelle la reporter Alexandra Borges a glissér un peu d’espérance dans son reportage en montrant comment des hommes d’Afrique luttent contre des « crimes » en recueillant ces petits dans des centres nommés « villages de l’espoir ».

Sous tous les cieux s’occuper de l’enfant n’est jamais de l’enfantillage.

L'emploi du temps

Öng Tran van Loo est un vieil ami de Saïgon. Il possède une qualité assez particulière.
Assis dans le fond de sa boutique il parvient a discerner dans la demi-obscurité les choses les moins visibles. Les ombres lui racontent des histoires affirme- t-il.

-C’est bien normal, je suis antiquaire, je vis au milieu de vieux objets.

-Ils ont beaucoup de choses à dire? Ils vous parlent du temps passé. Ne croyez-vous pas ?

Un léger grincement, sans doute un rire discret, agrémente sa réponse.

-Non, mon ami, car ce n’est pas le temps qui passe ; c’est nous qui passons. Le temps s’étale aussi bien devant que derrière nous. Qui peut prétendre que l’avenir sera plus long que le passé ? Lorsqu’on a atteint 80 ans il ne s’agit plus de compter le temps ; Il faut commencer à garnir son éternité en sachant qu’elle n’est pas le temps qui ne s’arrête jamais. L’éternité est tout simplement l’absence du temps. .

-Monsieur Loo, vous vendez de vieilles horloges et vous croyez que peut être le temps n’existe pas ?

-Si je croyais à l’existence du temps je l’aurais employé à quelque chose ! Or je n’ai fait qu’attendre qu’il passe, c’est donc lui qui m’a employé pour que je le regarde défiler devant moi.

-Vous pensez qu’il faut tout simplement laisser couler le temps ?

Le grincement de son ricanement prend de l’ampleur pour devenir un mélange de rire et de petits sanglots.

-Oui, comme on laisse couler un bateau dont la coque est pourrie.

LA VERITE DU CINEMA et LE CINEMA VERITE

Est- ce par pudeur ou par peur que souvent nous avons l’habitude de dire « C’est du cinéma » lorsque nous n’osons pas regarder les réalités en face ?

Longtemps, le « Ciné » a été une espèce de drogue douce destinée à des spectateurs avides d’histoires nées de l’imagination des hommes.
La caméra n’était qu’un œil de verre ne se posant que sur la fiction dont le grand public était gourmand.
De l’autre côté de cette pupille artificielle se trouvaient des artistes, bien sûr, mais également et surtout des » marchands de rêves » figés dans la cellulose.

Mais même si la vérité, les vérités devrions nous dire, peuvent rester longtemps cachées, elles se manifestent tout d’abord dans l’esprit et le cœur de ceux qui la constatent grâce à leur travail accompli au plus profond de leurs découvertes des injustices, des malheurs, des abandons des lâchetés, des dangers dans lesquels vivent des millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui peuplent tant de régions de notre planète.

La vérité est, quoi qu’on en pense, contagieuse et finit toujours par apparaître aux regards de ceux qui savent donner aux images de la vie leurs vraies couleurs, surtout s’il s’agit de celle du sang ou des sombres noirceurs des menaces orageuses.

Si la réalité échappe parfois aux média, elle s’accroche de plus en plus à la curiosité des chasseurs d’images courageux qui ignorent les mensonges en carton-pâte et qui veulent montrer la vie, ,la vraie vie,.Celle qui n’est pas inventée par des « entrepreneurs- commerçants ».

Aujourd’hui ces cinéastes qui sont devenus témoins, savent ouvrir les yeux et les esprits du monde sur la douleur, les menaces et la mort dans lesquelles survivent les plus pauvres d’entre nous.

Jacques Danois

Mes vieux camarades de Jésus


En bref - Mis en ligne le 29/02/2008
ÉVOCATIONS - Mes vieux camarades de Jésus - Jacques Danois
Les Dossiers d'Aquitaine (7, impasse Bardos, 33800 Bordeaux), 90 pp., env. 15 €

Grand reporter pendant des décennies (guerre d'Algérie; Palestine et Israël ; Afrique ; Vietnam tout au long de la guerre des Américains), Jacques Danois qui, depuis de longues années, a mis son énergie au service des enfants d'Asie "pour les préserver de l'ignorance et leur ouvrir les portes du savoir", publie cinq portraits de prêtres dont la carrure d'âme et la soif de justice sociale l'ont impressionné. Dans le premier chapitre, ce témoin de "la folie des hommes et de l'absurdité de leurs tristes destins" évoque sa propre enfance, ses études (jusqu'à... la veille même du 10 mai 40) au collège Saint Michel tenu par les Jésuites, puis, pendant l'occupation, sa découverte des Franciscains au Chant d'oiseaux. Leur enseignement, leur simplicité, marqueront l'adolescent: "Les Pères devenaient missionnaires dans leur propre pays et nous, élèves d'une école chic de la haute société bruxelloise, étions égaux aux petits écoliers d'une école de la brousse africaine. Peut-être était-ce une première leçon d'antiracisme? " Et J. D. d'ajouter: "Etre simple était pour eux une forme de respect pour les petits d'hommes que nous étions. " Ce qui amène l'auteur à honorer la mémoire du père Agnello, qui, jeune ordonné, s'engagea comme volontaire dès le début de la Première Guerre et que les gaz allemands rendront aveugle. "Mais il savait donner à sa nuit toutes les valeurs de la lumière de l'esprit, toutes les couleurs de la cécité, comme il aimait le confier à ceux qui l'agaçaient en s'apitoyant sur son destin de prêtre aveugle." Du fondateur de l'OEuvre nationale des aveugles, le Jacques de treize ans sera l'enfant de choeur pour la messe basse, chaque matin à sept heures: "Pour la première fois de ma vie, j'allais servir à quelque chose." Un homme qui, dénoncé par un traître (pour avoir caché des aviateurs anglais et américains et des résistants au couvent), sera envoyé dans un camp d'extermination, d'où il ne reviendra pas. Dans ce livre d'entretiens - où le coeur parle à voix haute -, l'auteur des "Moineaux de Saïgon", vice-président de l'Association mondiale des amis de l'enfance, évoque d'autres âmes tout feu tout flamme, comme le père Fernand Parrel, correspondant de "La Croix" au Sud Vietnam dans les années 60, riche d'une expérience de quarante ans de mission en terre indochinoise, qui lui avouera: "Parfois, je me demande si je n'aurais pas mieux fait d'aider ces gens à mieux croire ce qu'ils croyaient plutôt que de les pousser vers une croyance différente." Un prêtre natif de Tours, formé au séminaire de Toulouse, qui "sous ses allures calmes, cachait une âme de révolutionnaire". Un ouvrage où l'infatigable auteur de "Micro au poing" s'interroge sur ses propres convictions, lui qui s'est éloigné de la pratique religieuse, de la foi chrétienne que lui inculquèrent ses parents : "A la question Croyez-vous en Dieu ?, je répondais en faisant mienne une phrase de Jean Cocteau : Je doute en Dieu. Mais en vérité, étant depuis des années correspondant de guerre, je doutais encore plus des hommes." D'autres pages saluent le père Pire, le dominicain belge originaire de Dinant, prix Nobel de la Paix 1958, l'apôtre des personnes déplacées qui créera les Îles de Paix. Les pp. 72 à 81 scrutent la personnalité d'un "Marine" de Dieu, l'américain Father Ted , dont Danois fit la connaissance au Cambodge en 1980. Ce "petit" livre émouvant, attachant et revigorant, célébration de la fraternité, s'achève par un hommage à Joseph Cardijn, le fondateur universellement connu de la Jeunesse ouvrière chrétienne. Que ferez-vous quand vous serez.... là-haut, demanda un jour Jacques Danois au Cardinal (né à Schaerbeek) âgé alors de 84 ans ? "Je m'occuperai des jeunes (...) Comme la petite Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus qui disait : je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre. Hé bien, si le Bon Dieu m'accueille dans son ciel, ce sera uniquement pour essayer de résoudre avec Lui ces problèmes honteux qui existent encore." (Fr.M.)

Tsunami sur l'Enfance

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Il était une fois un Vaneau

Il était une fois un Vaneau ,un oiseau de théâtre libre dans le ciel de la comédie ,de l’art et du spectacle ! Un ami de toujours qui était plus mon frère que mon frère n’a été mon ami……Mais voila lorsque le 24 décembre 2007 je lui ai téléphoné à Sao Paolo ou il résidait depuis des années pour lui souhaiter une douce fête malgré sa maladie, sa fille Vania m’a dit simplement « Papa est décédé ce matin »

La première fois que j’ai rencontré Maurice Vaneau il avait une oreille plus grande que l’autre !Je ne sais plus si c’était la gauche ou la droite.De toute façons lorsqu’il bougeait et tournait la tête, la gauche passait à droite et vice- versa. Il faut dire que je ne le voyais pas de très près car j’étais assis au fond de la salle M du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Jeune comédien je pataugeais dans la vie théâtrale renaissante de l’après-guerre entre le Conservatoire et les cours de Max Péral, un vieux comédien français qui a tout appris aux acteurs de ma génération, j’étais figurant , "panouflar" et souffleur d’occasion au Théâtre royal du Parc et je jouais aussi de très beaux rôles dans une compagnie itinérante »le Théâtre de l’équipe » dirigée par un merveilleux fou nommé Fernand Piette qui crevait de faim avec sa petite fille et sa femme mais qui n’était jamais I0 minutes en retard pour payer généreusement ses comédiens.Pendant mes temps libres je me glissais clandestinement dans les salles de la ville où se répétaient des pièces. C’était le cas du » Rideau de Bruxelles » où Maurice jouait un petit gnome si je me souviens bien . Enfoncé dans mon fauteuil de resquilleur soignant en même temps ma gueule de bois habituelle, j’étais indigné de voir les autres comédiens tirer la grande oreille de celui qui, tout en étant né de parents différents, allait devenir mon frère. A la pause de la « répet », toujours sans demander la permission et profitant de mon don d’absence naturel je passais des rangs du public absent aux coulisses et loges d’acteurs. De visu j’ai alors constaté que l’oreille de Vaneau était fausse ! Quel soulagement de n’avoir pas assité à la torture en direct d’un petit handicapé du pavillon auditif! En vérité Maurice était un jeune comédien plein de ressources. Il ne se contentait pas comme le font beaucoup d’acteurs de se regarder lui-même. Rien ne lui échappait dans son environnement, ni les décors ni la mise en scène qui deviendra par la suite son outil de choix. Excellent dessinateur et fin observateur de tout ce qui sortait de la routine du théâtre ,il était un novateur sans devenir un hurluberlu d’un théâtre sans âme voulu par ceux qui ont donné à leur fonction de « metteur en scène », une place tuant celle de l’auteur et de ses interprètes. Son physique de mime et de personnage de la comédia dell’ arte lui ont permis rapidement de jouer et de monter des œuvres de répertoires allant de Feydeau aux auteurs américains les plus modernes. A la ville nous ne nous sommes plus quittés .Il était beaucoup plus sérieux que moi. S’il m’accompagnait dans mes virées nocturnes pour faire le tour de tous les cafés d’étudiants de la ville, il n’était pas , comme ma pauvre personne, un alcoolique sans volonté. Je dépensais mon peu d’argent à sortir et à boire mais lui se gardait de l’inutile pour se préparer de beaux voyages. L’Italie, l’Espagne… À chaque retour il racontait toutes ses découvertes comme l’aurait fait un grand reporter. Puis il est parti en stage en Amérique ! Là il s’est réalisé encore plus et a ramené les « States » dans ses valises . Grâce a lui j’ai connu New York bien avant d’ aller y vivre pendant 8 ans dans les années 70. La distance n’a jamais existé entre nous. Lorsque j’ai été engagé à Paris par Popesco pour jouer un Goldoni avec Suzanne Flon, nous avons partagé le même petit appartement. Si Maurice avait beaucoup a faire dans la capitale française son cœur et son âme était toujours en voyage, surtout en Amérique latine. C’est finalement à New York que nous avons recommencé à travailler ensemble nous qui avions joué tous les auteurs classiques et modernes sur les scènes les plus invraisemblables de Belgique. Je dirigeais, aux Nations-Unies, le Service audiovisuel de l’UNICEF. Avec son épouse , Célia Gouvéa , danseuse et chorégraphe de grand talent,il a réalisé un vidéo spécial pour l’Année de l’Enfant (78/79). Les techniciens de l’ONU étaient heureux de quitter leur corvée d’enregistrement de discours officiels, sibyllins et oiseux, pour venir vivre avec Maurice et Célia des moments de vérité et de talent. Moi j’étais fou de joie de retrouver l’ambiance de travail qui avait été la nôtre pendant notre tournée au Congo belge en 1951. Nous nous partagions le boulot de régisseurs en plus de celui de comédiens. Les difficultés étaient grandes, les salles de spectacle mal ou pas équipées pour ce genre d’aventure. Maurice faisait des miracles pour faire tenir debout des planches , des tubulures afin de tendre des toiles peintes sensées être des "décors en dur" ! Sa franchise et sa liberté de parole n’a trouvé aucun frein lorsque Claude Etienne qui dirigeait ce voyage du Rideau de Bruxelles a, une demi-heure avant le lever de rideau, tout fait s’écrouler en voulant ajouter le geste du »Chef » à celui de humbles travailleurs que nous étions Maurice et moi. »Avez-vous jamais vu un con pareil » a crié Maurice libérant ainsi un grand nombre de ses frustrations vis à vis du Patron. En toutes circonstances Vaneau a toujours manifesté sa liberté de parole. Son charme adoucissait ses interventions parfois très »directes » mais nul ne lui en a jamais voulu . Certainement jamais moi à qui, en vrai frère, il n’a jamais dit un mot de travers ni fait aucun reproche. Pourtant j’étais un garçon moins mûr que lui. Il me pardonnait d’avance, mes idées parfois curieuses. Que de premières, de réceptions, de tournées,de répétitions,de réalisations, de fou-rire vécus comme des gamins et des hommes ! La distance en kilomètres est grande entre ma Provence et son Brésil »Il faut trouver quelqu’un pour réparer ça »m’avait t'il dit récemment au téléphone. De toutes façons rien surtout pas la mort, ne peut ni ne pourra jamais briser notre fraternelle histoire, avec un grand H.

Jacques Danois

Pays natal...pays fatal !

La Belgique m'a vu naitre !Enfin si elle a trouvé le temps de bien regarder, car déja ,il y a 8O ans ,la situation se tendait entre les communautés linguistiques de  mon pays . Les flamands pensaient que tous leurs "compatriotes"  parlant français étaient les ennemis arrogants des paysans et des ouvriers du Nord de la Belgique .Ils mettaient ainsi dans le même sac les bourgeois flamands ,tous francophones ,et les Wallons dont la langue de Voltaire était l'idiome naturel .Pour se libérer  ( ou se venger ? ) de l'emprise latine sur leur société d'origine germanique  ils ont inventé une loi qu'ils considérent comme divine : celle qui instaure le "Droit du sol " Mais franchement cela ne veut rien dire du tout  car la terre ne parle  aucune langue ,le vent ne siffle pas en flamand , le bruit du ruissellement des rivières ,est le même en français ,en néerlandais ou en swahili ,les oiseaux chantent  les mêmes trilles de liberté à Ostende et à Libramont  ...alors le droit du sol NON le droit des gens OUI

Danger et confusion

Il parait qu'une tribu de nomades africains émus par le sort des
enfants européens maltraités dans des milieux aisés d'Europe a le
projet d'exfiltrer ces petites victimes de la vie moderne et
mécanique pour les emmener sur les rives du Niger afin de leur
offrir la bonté du soleil, la liberté du grand air et la richesse
que représente la fraternité familiale africaine. !

Cela part d'un bon sentiment, bien sur mais ce n'est pas réalisable
pour les raisons qu'on imagine facilement.

-Il faut empêcher cela, c'est insensé dit on en Europe .

Et pourtant certains se sont étonnés sinon scandalisés ,que les
membres d'une association française ayant essayé de réaliser la même
folle aventure en voulant déporter des enfants d'Afrique vers la
France, soient arrêter dans leur délire… ! .Mais il est sans doute
temps de ne plus évoquer cette lamentable histoire et ses
protagonistes, ne serait ce pour ne pas en faire des vedettes de
l'actualité dite « people »

Il faut revenir aux choses sérieuses et réfléchir sur ce que sont
devenues les raisons premières ayant nécessité l'aide humanitaire
et la création de tant d'organisations caritatives et d'aide au
développement pour le Tiers- Monde.

Assez étrangement, quelques jours avant que n'éclate le scandale de
l' »arche de zoé » Jacques Danois vice président de L'Amade Mondiale
» a publié un article intitulé : « L'humanitaire et l'humanité «
dans la très estimée REVUE GENERALE de Belgique.

Madame France Bastia ,rédacteur en chef de cette important
publication nous a autorisé à le reproduire ici.

L’HUMANITAIRE ET …L’HUMANITE !

Combien d'hommes et de femmes ayant passé une partie importante de
leurs vies dans »l'humanitaire » ont-ils fait le rêve que voici ,
apparemment impossible à réaliser :
Rassembler toutes les organisations non gouvernementales , dites
ONG ,les agences internationales d'aide au développement , les
oeuvres charitables de toutes couleurs politiques religieuses ou
laïques et leur poser la simple question suivante :

»Parmi nous tous qui fait quoi ?où ? quand ? comment ?

Sans doute les réponses apportées à ce questionnement permettraient,
dès le départ de toutes actions , dites humanitaires , de trier et
par là de sélectionner les programmes et surtout d'éviter les
multiplications inutiles et coûteuses de nombreux projets
similaires ,de regrouper les budgets ,de ne pas dépenser les mêmes
sommes à plusieurs reprises et à supprimer des frais de voyages et
d'achats inutiles. De faire en sorte que les actions ne se mélangent
pas ,n'entrent pas en concurrence et que ce que l'on nomme « la
guerre des agences » ne paralyse pas le travail véritable de l'aide
humanitaire sur le terrain qu'elle soit entreprise au delà des mers
ou au coin de la rue !

Il faut regarder les choses en face ; jamais une telle réunion ne
serait possible et peu de « patrons » d'associations , fondations et
autres groupements bénévoles n'accepteraient ce qu'ils prendraient
immédiatement pour un » contrôle » de leur travail. Depuis la
naissance et le développement des agences humanitaires les choses se
sont installées ,institutionnalisées solidement dans l'habitude, la
routine et la volonté de « durer »Elles se sont cimentées dans la
certitude de la possession d'une vérité unique née du »
néocolonialisme moral « qui voudrait que le récipiendaire d'une aide
n'ait qu'un seul mot à dire : merci .Une approche simpliste qui veut
ignorer les expériences , les coutumes et traditions ,la culture
profonde des sociétés vivant dans des civilisations différentes de
celles prévalentes en Occident sous le signe de l'argent ,considéré
comme une panacée . Ce qui fonctionne bien ici doit être bon là bas,
Aucune écoute, aucune consultation en d'autres mots pas de conseils
à recevoir de ceux qui vivent les problèmes de sous développement ,de
pauvreté, de santé .Seuls ceux qui donnent , seuls les experts de
l'occident savent et décident .

Nombreuses sont les organisations humanitaires qui succombent au «
spectaculaire » Ce désir de « paraître » commence par l'impudeur du
misérabilisme pour se perdre dans la publicité irrespectueuse de la
situation vécue par ceux qui souffrent .Les boites aux lettres des
habitants des »pays riches » se remplissent régulièrement de
littérature illustrant la mendicité par des photos de
personnes ,bébés ,jeunes et adultes' détruites par la faim et la
maladie ,s'ajoutent à cela des fausses lettres de malades implorant
les donateurs de les sauver d'une mort annoncée . Où est le respect
dû à l'être humain , en quoi cette indécente publicité , ce commerce
de l'image volée à la misère peut elle secourir ceux que l'on expose
ainsi aux yeux des donateurs potentiels soudainement mis dans la
situation de coupable , d'accusé ? Quel peut être le prix payé par
les associations quémandeuses pour mettre sur pied de telles
gigantesques opérations de « mailing » ? Ne peut on convaincre,
informer le public d'une manière qui laisserait aux bénéficiaires
des aides , une dignité légitime ? Il existe de la noblesse dans le
malheur et la pauvreté, pourquoi ne pas la mettre en exergue plutôt
que de rabaisser par de la « publicité » ceux qui ont besoin d'une
aide fraternelle ?

La liste des échecs,les milliers » de projets pilotes » qui restent «
pilotes » à tout jamais depuis des décennies en coûtant des millions
de dollars pour ne finalement jamais se développer ,l'envoi de
centaines de « bénévoles » uniquement intéressés par les tours du
mondes de la charité. Les achats de matériel ,4/4 et autres véhicules
inadaptés au travail lui-même qui souvent doit se faire à vélo ou à
pied dans la brousse . Voitures consommant des litres de gazoline
poluante et ne servant qu'à promener le personnel expatrié ….les
séminaires,les conférences les visites de personnalités ,de stars, de
« people » sur le terrain afin de glorifier ceux qui dans leur
bureaux climatisés encaissent la gloire avec le résultat de leurs
collectes de fonds .Des sommes qui souvent sont immédiatement
réinvesties dans de nouvelles opérations médiatiques ne menant pas
aux but à atteindre !

Mais toutes ces négligences , ces erreurs nées d' un curieux
attachement au rôle colonialiste de l'occident , paraissent peu de
chose et seraient dans certains cas sinon excusables tout au moins
explicables par la faiblesse de la nature humaine ,si on ne devait
pas y ajouter des déviations coupables pour ne pas dire criminelles
dans certains cas .

L'introduction de la « politique » et surtout de la « géopolitique »
dans les manoeuvres qui poussent bien des puissances à maintenir
leur présence dans le Tiers- monde est plus dangereuse encore que le
manque de culture et les approches naïves de tant de mouvements dit
humanitaires ,autour du globe terrestre .Les exemples dramatiques ne
manquent pas , que ce soit sur la terre africaine ou les mers du sud
asiatique .Combien de conflits , de massacres et de magouilles
certains disent de génocides, se sont déroulés sous le manteau «
protecteur de certains opérations « militaro-humanitaires » ?Les jeux
de la corruption , les yeux fermés sur les détournements de l'aide
effectués par d'anciens « Ier de classe » de l'époque coloniale
devenus partenaires, pour déséquilibrer les classes sociales et
faire taire les voix de la misère , ne créent ils pas plus de besoin
que de secours ? Ne laissent- ils pas place aux seules urgences en
négligeant les programmes de développement à long terme ?

Mais qui donc sont ceux qui se permettent d'énoncer et parfois de
clamer de telles critiques ?

S'agit il de personnes trouvant inutiles toute aide humanitaire
pouvant concerner d'autres races humaines que la leur, d'actions
fraternelles sur d' autres continents que celui où il vivent ou
s'adressant à des êtres humains nés dans d'autres classes de la
société que celles auxquelles ils appartiennent ? Sont ce des
paroles acerbes émanant de ceux qui sur cette terre stagnent dans la
critique automatique de tout ce qui leur paraît proche des « idée
nouvelles » basées sur la fraternité et la générosité ?

Aucunement ,je dirais même bien au contraire. Il y a des dizaines
d'années que des femmes et des hommes s'acharnent à développer sur le
terrain des actions de simplicité qui peuvent sauver des millions de
personnes de la misère ,de la faim, des épidémies et du sous
développement .

Mais ils ne se trouvent pas où l'on pense qu'ils sont c'est dire à
New York , Paris ,Bruxelles ,Genève ou Washington .

Non,ceux qui veulent que les choses changent et avancent , ceux qui
désirent que l'humanitaire soit basé sur les réalités de la vie des
populations en besoin ,sont pour la plupart, des femmes et des hommes
qui depuis de années travaillent là où « cela se passe » ils vivent ,
ont vécu et partagé la vérité de la misère , de la faim et de
l'abandon des populations .fragilisées par l'injustice mondiale et
l'obstination arrogante des gouvernements d'Occident qui pensent à
sens unique .Mais ce sont surtout les témoins de la lutte incessante
que mènent des groupes humains de toutes races et conditions
sociales, qui se battent pour que l'on ne les considère pas comme
des « retardés » parce qu'ils veulent que leurs cultures er
civilisations soient respectées et servent de soutien aux combats
qu'ils mènent dans leurs pays afin d'y rendre la vie supportable pour
tous. Pour aider, il faut écouter ,sans l'écoute pas d'action
valable ,l'aide ne peut être à sens unique Nord-Sud ,Il est souvent
démontré que les actions de secours et de développement sont plus
efficaces lorsqu'elles vont dans la direction Sud-Sud

Oui ceux que l'on nomme les « dissidents » des milieux humanitaires
ont par expérience vu et entendu et surtout compris pourquoi
l'irrespect du Nord jouait un rôle négatif dans la plupart des
opérations dirigées de loin et confiées aux seuls cerveaux
occidentaux .

Et pourtant de nombreuses situations dramatiques ont été sauvées par
les habitants de pays victimes des multiples drames humains
provoqués par le sous développement de leurs villages , de leurs
cités-bidonvilles et autres endroits où la pauvreté est reine .

Les actions courageuses et patientes entreprises par des
femmes ,hommes et souvent enfants ont une valeur primordiale .Elles
naissent de leur savoir ,de l'héritage qu'ils ont d'un passé mal
considéré par l'étranger qui le considère comme inutile et dangereux
simplement parce qu'il en ignore les valeurs profondes .

Ce sont pourtant ces gens de tous les jours qui doivent être
encouragés dans le travail qu'ils ne cessent de faire aussi bien dans
les endroits les plus discrets que dans les grandes agglomérations
d'Afrique , d'Asie ou d'Amérique Latine .

L'homme blanc a une qualité : il veut connaître et savoir , c'est
bien ; mais pour arriver à son but il veut des preuves
écrites .L'homme blanc attache une importance primordiale à ce qui
est couché sur papier mais il n'écoute pas !C'est ainsi que le
savoir ,africain par exemple , n'a tout simplement pas attiré
l'attention des colonisateurs ;ils n'ont pas entendu les réalités de
la pensée de l'homme noir et n'ont prêté aucune attention à sa
civilisation , à sa culture ILs ont cru qu'ils devaient écrire leur
propre histoire sur le livre des pays colonisés .Ce qui au départ
était de l'ignorance ,quelquefois du mépris ou un manque total de
considération dans la gouvernance des pays conquis ne les ont pas
quitté quand ils se sont trouvés , après la décolonisation, devant
le devoir de tout être humain d'aider son prochain ,qui et où qu'il
soit .Seuls les anciens « premiers de classe « du temps des colonies
ont été considéré comme interlocuteurs valables .Malgré le temps qui
passe, peu d'intérèt a été porté à l'opinion exprimée par les
habitants des pays dits « neufs » mais qui sont les plus vieilles
nations du monde ….

Faut il l'avouer,je suis, bien entendu, un de ces dissidents ayant,
de par son travail « humanitaire » en Asie , Afrique et Amérique
Latine, constaté depuis près de 37 ans les lacunes ,les faiblesses
de ce qui se faisait « à l'envers » .Avec mes amis et collègues
également témoins du manque de compréhension de ce qu'était vraiment
le « terrain » de la part des dirigeants de nombreuses agences
internationales et associations occidentales,ceux là qui ne veulent
comme partenaires que des représentants de gouvernements de pays
riches ; où les gens sont pauvres, nous avons essayé corriger le
tir .Souvent nous avons réussi , parfois nous nous sommes trouvés
dans des impasses bureaucratiques inévitables .Et pourtant les choses
avancent lentement peut -être mais poussées par la volonté des
populations récipiendaires de secours et d'aide inadaptées à leurs
vies et besoins.
Tout a commencé simplement et aussi normalement que souffle le vent
du désert,que bruissent les feuilles des palmiers de la jungle ou que
poussent les grains d »oryza »dans les rizières.

Nos yeux se sont ouverts lorsque nous avons passé plus de temps à
regardé les gens vivre dans leurs villages et bidonvilles au lieu de
compiler et classer des rapports sur nos ordinateurs de bureaux .Tout
semblait pareil à la découverte des tableaux classiques des grands
maîtres par le biais de la peinture naïve ! L'émerveillement avait
remplacé les procédures et nous pouvions constater que les solutions
se trouvaient exactement à la même place que les problèmes et
qu'elles pouvaient être prise en main par ceux qui subissaient les
misères dues au sous-développement et non par des « experts »
prisonniers de leurs expertises .

Oui nous avons plongé et plongeons encore quotidiennement dans
l'océan d'une certaine utopie qui ne serait pas un rêve
irréalisable mais au contraire une marche vers un progrès basé sur
les vérités de l'humanité plutôt que dans le désordre de «
l'humanitaire » .

Aujourd'hui de plus en plus d'activités de développement se sont
libérées des ukases des administrations lointaines inspirées par
les code Napoléon et autres règlements imaginés pour régir des
sociétés européennes pour laisser la liberté d'offrir le volant à
de nouveaux pilotes , jeunes ,imaginatifs connaissant et vivant leur
propre civilisation et culture .Certaines grandes associations et
agences ont dû passer le pas et suivent à présent de plus en plus
les sentiers tracés par les « dissidents ».

La découverte de « l'aide par ceux qui doivent être aidés » est
souvent venue des plus petits niveaux .Ainsi quelquefois de
petits villageois africains qui voyant leurs anciens travailler le
bois de leurs forêts ,leur ont demandé d'en apprendre les astuces et
le savoir .De là ils se sont mis à fabriquer des bancs pour l'école ,
des chaises des tables pour les maisons ,des lits pour les Centres de
santé ,des étals pour que les femmes puissent vendre le savons
qu'elles fabriquaient avec de l'huile de palme.Avec les recettes
elles aidaient les garçonnets-menuisiers à acheter des outils… De
petites unions économiques se sont établies dans des patelins dont
les noms n'apparaissent pas souvent sur les cartes géographiques.
Petites choses , petits évènements qui ont donné la force à des pays
exsangues ,comme le Ghana par exemple de remonter une pente des plus
dangereuses . Ce pays avait été décolonisé par l'Angleterre qui avait
voulu le doter d'une infrastructure industrielle et financière copiée
sur le modèle anglais. En quelques années le désastre était
prononcé .Une population d'agriculteurs ne pouvait tenir à bout de
bras un tel fardeau .La situation économique était devenue tellement
désespérée que plus personne n'acceptait les billets de banque
nationaux ! Le troc traditionnel avait repris sa place .Cela donna au
chef de l'état de l'époque ( Mr Rawling ) l'idée de redonner a son
pays une âme africaine . Fraternité , simplicité et rejet des gadgets
luxueux importés d'Europe .

-Mr le président , pourquoi circulez vous à motocyclette pour vos
déplacements officiels ?Est- ce par besoin d'économie personnel ou
pour jouer aux humbles ?lui avais je demandé au cours d'un interview .

-Non c'est parce que, si, moi , Président de la république, je vais
au bureau à moto il n'y a aucune raison que mes ministres y aillent
en Mercédès !

Ce chef d'état avait refusé d'être payé en temps que premier
personnage du pays et vivait de sa solde de « group'captain »
aviateur. Son épouse faisait à vélo ses courses de ménage au
marché .Ses enfants allaient à l'école a pied comme le font la
majorité des petits africains .

C'est grâce à cette attitude simple et courageuse que ce président a
pu séduire les chefs traditionnels de tous les villages et leur
rendre une autorité »juste » en même temps que des devoirs sociaux
tels que :constructions de centres de santé à l'aide de l'échange
gratuit du travail des hommes et de leurs familles . Pas question de
paiement ni de circulation d'argent « ,on fabrique tout et on
organise selon les possibilités du village » affirmait il . .

C'est dans cette région d'Afrique que nous avons pu constater
combien le potentiel de volonté locale était puissant dès le moment
où rien n'était imposé de l'extérieur surtout quand ce « rien » ne
correspondait pas à la recherche de solutions issues du « way of
life » ,de la tradition de vie, des populations. La modernité , les
« gadgets » importés par les partisans de l'ingérence quelle que
soit son nom,n'ont été bienvenus que dans les capitales où siègent
les ministères et la stagnante bureaucratie des quartiers généraux
des sièges d'agences internationales. En » terre noire profonde »
tout commence toujours, par la bénédiction du récipient de vin
de palme versé sur le sol afin les anciens enfouis sous la terre
inspirent les villageois dans les décisions à prendre .. !

Après que le Nord Vietnamiens aient gagné leur guerre d'indépendance
contre les Américains le monde occidental a tourné le dos à ce pays
enfin libre en le laissant sans aucune aide.Ce n'est que dans les
années 8O que l'autorisation à été donnée par les vaincus pour que l'
UNICEF puisse enfin assister ce pays réunifié sous un régime
socialo- communiste afin que les petits Annamites » comme les
nommaient les coloniaux français, aient droit à des secours pour
combattre la tuberculose rampante ,les fièvres diverses et une sous
nutrition. Quasi ancestrale .

-Nous sommes des nains gracieux disait le docteur Hoa,femme médecin
ayant vécu dans le maquis ,au coeur des rizirères et des jungles Viet-
cong.

Les premiers officiers de l'unicef rendus sur place eurent malgré
cela l'excellente surprise de découvrir une organisation nationale
de qualité unique ayant accompli un travail de « première classe »
sur les plans de la santé et de l'éducation .Une toute petite
association était d'abord née à Hanoï avant de se répandre dans les
campagnes du Tonkin.Ce groupe avait été fondé par un homme d'âge
avancé et de quelques dames, grands- mères pour la plupart d'entre
elles .

Il s'agissait du »comité Mères –enfants ».Sous les bombes et le
napalm il est parvenu à protéger les enfants dans les situations les
plus tragiques et à organiser »à la vietnamienne »
un réseau national de soutien aux familles .L'aide extérieure venue
avec la paix n'a été faite de matériel étranger qu' à la condition
qu'il ne puisse pas être fabriqué dans le pays .

Dans le sud , à Saïgon ,le régime socialiste ayant renversé celui des
généraux Ky et Thieu ,il lui a fallu sans aide aucune, résoudre les
problèmes psychologiques dont les milliers « d'enfants de la rue »
abandonnés pendant l'occupation U. S. ,
souffraient .Orphelins ,petits brigands ,drogués, leurs réinsertions
dans la société n'était pas facile à entreprendre .Que faire ? Ils
étaient tellement choqués , leurs âmes tellement troublées qu'une
rééducation basée sur la culpabilité ne pouvait qu'aggraver leur
désarroi .Qui pouvait les comprendre ou même simplement les admettre ?
Les vietnamiens ne comptaient , depuis bien des années que sur eux
mêmes. Des années de guerres et de privation ne leur laissaient que
le recours à leurs subtiles intelligences et à leur fin sens des
réalités humaines .

« Quand tu connaîtras une face des choses ,imagine immédiatement les
trois autres » dit le sage pétri de taoïsme et de confucianisme.

Leur recherche de solutions n'a pas été longue ;ils ont réuni dans
différents centres éducatifs les enfants perdus ,accablés, en
dépression,ne pouvant plus garder leurs âmes claires tellement le
monde adulte en uniforme leur avait craché dessus . Comme moniteurs
ils leur avaient donné des filles de bar à GI ,des prostituées à
peine plus âgées qu'eux… mais ayant vu et connu des périodes de
malheurs pareilles à celle vécues par les adolescents des rues de
SaÏgon,Bien Hoa ou Da Nang .Toutes et tous avaient connu les mêmes
désespoirs ,il portaient en eux des blessures semblables ; ils
pouvaient partager leurs peines ,leurs souvenirs mais surtout leurs
désirs d' une vie nouvelle Leurs expériences communes pouvaient
servir de point de rencontre et finalement de ciment pour la
construction d'existences nouvelles .

-Ce centre de rééducation n'est pas une prison ,comme vous le
pensez,peut être ,m'avait expliqué Tuy, une des monitrices de
l'endroit ;elle-même une ancienne « petite pute « de la rue Catinat
Nous sommes ici dans une école ,une vraie école mais ce sont les
pensionnaires ,les élèves qui dirigent tout. Moi je suis une des
conseillères pour les anciens voyous .Lorsque on a essayé de faire
venir des professeurs diplômés cela n'a pas marché .Les enfants
préfèrent des gens ayant passé par le même chemin de vie qu'eux. Eux
et moi nous sommes d'anciens complices ,c'est pour cela que nous
partageons la même confiance et le même espoir .Avant de venir
travailler ici j'ai voulu me suicider ,comme beaucoup d'entre eux…
maintenant cela va ;on vit et on vivra longtemps .
-Grâce à qui ?
-Grâce à nous .

Cette décision de soigner le mal par le mal s'est bien répandu et a
été très efficace dans toute l'Indochine .

Loin de le considérer comme une espèce de programme « à la
chinetoc » des organisations spécialisées comme l'UNESCO et L'UNICEF
l' ont soutenu. De nombreux jeunes ont ainsi été sauvés des
dépressions et autres gouffres de l'angoisse où ils avaient été
plongé dès leurs âge le plus tendre ..J'en connais personnellement
et je pourrais aligner ici des cas et des situations étonnantes
vécues par d'anciens petits voyous rééduqués dans ces curieuses
écoles. .Par exemple le jeune Hoan,marchand de drogues et de revues
pornographiques aux militaires américains pendant la
guerre ,devenu ,à la sortie du centre dirigé par les anciennes filles
des rues ,le plus important des libraires anglophones de l'ex-
capitale du Sud Viet- Nam.

Ces programmes imaginatifs basés sur la connaissance des populations
sont souvent regardés avec condescendance par les « experts » venus
de l'occident .Il y a peu une association de médecins français
sollicitait ses donateurs afin de trouver les fonds nécessaires pour
envoyer des psychiatres et psychologues européens pour soigner les
enfants Ruandais témoins- rescapés du génocide anti Tutsi aux pays
des Milles collines ! On peut imaginer le désastre qui , sur place ,
peut être provoqué par le choc des cultures en un tel
cas .L'instauration du dialogue impossible !

L'envoi de médecins dans les pays du Tiers monde peut pourtant être
bénéfique mais dans des circonstances bien particulières .Lors des
situations d'urgence , bien entendu où toutes les idées et
interventions sont nécessaires,mais surtout pour entreprendre des
missions de « partage du savoir ».

A ce propos un exemple des plus intéressant est celui de Dr
Christian Dupuis , médecin belge , se présentant modestement comme «
travailleur manuel » de la chirurgie réparatrice..

Cet homme a commencé à s'intéresser aux cas des enfants vietnamiens
défigurés par des brûlures de napalm pendant la « guerre des
américains dans le Sud- est asiatique .Il passait le temps consacré
aux vacances à venir sur place pour opérer et greffer les petites
victimes du conflit .Puis il s'est rendu compte que les bébés
indochinois nés avec un bec de lièvre mouraient rapidement car
incapables ,pour la plupart de téter le lait maternel à .cause de
leurs lèvres et palais fendus .

Depuis bientôt trente ans à présent il continue à prendre sur son
temps de congé ,pour se rendre bénévolement au Viet-
Nam ,Laos ,Cambodge et Birmanie pour s'occuper de ce problème
vital .L'essentiel de ses missions n'est pas d'opérer les enfants
mais surtout de former de jeunes chirurgiens du pays ,dans leur pays,
afin que d'une façon quasi automatique le bec de lièvre et autres
déformations faciales soient « réparées » dès les premiers temps de
vie ,c'est-à-dire les plus cruciaux . Rien que pour le Laos le Dr
Dupuis a mis l'an dernier 16 chirurgiens au travail sans qu'ils
aient à quitter leur pays auquel ils veulent dévouer leur nouveau
talent de chirurgien de la face .

Tout est une question de dosage et de partage .Aucun aspect de la
solidarité ne peut être négligé ni méprisé .La connaissance qu'ont
les uns et les autres doit être mise sur la table et ceux qui
préfèrent le mot humanité à celui qui groupe, sous un parapluie trop
vaste, des entreprises dites humanitaires, doivent pousser au plus
loin la recherche en ce domaine .
Pas une recherche confinée dans des laboratoires ,des bureaux et des
classes d'université mais un travail fait avec soin au plus profond
des sociétés prétendues « sous-développées » parce que lointaines
et trop peu écoutées,pour ne pas dire quasi inconnues par le monde
confortable .

De grandes comme de petites organisations se sont ,heureusement ,
plongées pratiquement dans la vérité de la mission chargée
d'humanité qui est la leur. Ils'agit d' associations qui, nées
dans les pays en besoin ,gérées par des volontaires et
professionnels locaux, peuvent devenir fortes et utiles sans être «
colonisées » par des organisations étrangères situées loin des
problèmes et qui dans bien des cas font perdurer des situations
proches du néocolonialisme .On ne peut imposer des mentalités
d'importation .Souvent l'Occident pense que les solutions sont
trouvées simplement parce qu'elles sont mises sur papier dans ses
termes .Expliquer n'est pas résoudre .

Se pourrait il qu'un jour prochain les responsables de la lutte
contre le sous-développement corrigent le tir et que l'assistance
extérieure trouve enfin ses vrais interlocuteurs ?

Si cette question reçoit une réponses positive,si les hommes de
l'humanitaire abandonnent leur regard condescendant afin de se
remettre en question ,peut être les habitants du monde en
développement et surtout leurs enfants deviendront- ils les héritiers
d'un couple uni par les connaissances mutuelles ,grâce à la communion
des expériences du Nord et du Sud de notre Planète .

Jacques Danois


N.B. En 1991 L'Académie Royale Belge de littérature et de lettres
français à décerné son prix « Eugène' Schmidt » à Jacques Danois pour
son ouvrage « Printemps blessés » préfacé par le regretté George
Sion .Cet ouvrage témoignant des problèmes de l'humanitaire, traités
dans cet article , vient d'être réédité aux dossiers d'Aquitaine
(Bordeaux)

Par delà les barreaux

Il y a les barreaux des prisons et le barreau de la justice .Ceux des
avocats qui essayent d'éffacer les barreaux grâce à leur
barreau ...Bravo! mais pourquoi faut il que les européens soient si
tourmentés quand des "blancs" sont mis en garde à vue en Afrique et
haussent ils les épaules lorqu'on leur parle des africains qui
croupissent en attente de jugement dans les prisons d'europe ?

Ô modestie !


 Le viel homme que je suis est né un 11 Septembre ... En 1927 cette date n'avait rien de particulier et je n'étais pas assez célèbre, ni cruel, ni terroriste , ni victime des fanatiques pour ma venue parmi mes frères humains soit de la moindre importance. Mais nous voici 8O ans plus tard. Mes enfants, petits enfants ,mon épouse ,Yolande, et 50 de mes amis se sont réunis pour me dire "Happy Birth Day". Grande fête et nombreux témoignages d'amour, d'affection et de fidélité  en amitié Que de compliments sur le temps que j'ai passé  plume et micro à la main sur notre grosse boule dite terre. Mon problème à présent c'est que je vais devoir essayer de ressembler au type merveilleux dont ils ont tous dit tant de bien !...Je compte sur tous pour m'aider dans cette tâche anti-modeste