L'ami d'avant et de toujours

En 1965 à Saigon j'ai rencontré Philippe Franchini. Il était le patron de l'hotel Continental.De papa Français -Corse et de maman Vietnamienne, il était historien et peintre. Tout cela était suffisant pour qu'il siège confortablement sur la liste de gens à surveiller par la CIA !  A l'époque il était dangereux de dire le mot "paix", c'était considéré comme une trahison. Cela n'a pas empeché Franchini d'organiser une exposition de ses collages et tableaux "anti-guerre" des plus expressifs!!! J'avais immédiatement plongé ma plume dans l'encre de l'admiration pour que mes lecteurs partagent mon amité pour Philippe. Cela peut encore très bien se relir de nos jours.

LE PEINTRE ET LE PARAVENT CHINOIS

Il sert de son sang comme toile. Tout y meurt, tout y fait l'amour, le ciel du Vietnam s'y déroule de colère. L'encre, le papier, le bois et la colle, le peintre, son coeur et un brin de folie font naitre des champs de batailles, des déserts habités et des lits après l'étreinte. Pleure, morceau d'asie comme île au soleil; brule le village oublié, fume l'opium sans parfum, chante rizière du dimanche, grince pluie du Montparnasse. Du dégout il fait un mouvement de couleur, de sa main il éfface la trace de l'homme. De son angoisse il couvre et découvre le tombeau de sa mère. Face à ce qui cache le vent, à ce qui casse la brise, il a peur , il a froid. Il se réchauffe à son tourment, heureux de se surprendre il boit la vie au litre d'encre de chine. Peint ou chanté, écrit ou raconté, éclaté ou silencieux, le paravent ne garde aucune part du secret. Il étale ses feuilles et joue au colombe. Il est une fois mille et un million de fois le meme. Il est vrai et changeant comme l'ombre d'un caractère chinois. 

1 commentaire:

Bùi Huy Trang a dit…

Bonjour Jacques,
J'ai découvert votre livre "Les moineaux de Saigon" par hasard sur le marché de Trouville. J'en parle dans un projet de romanphoto en cours. Merci de ce propos sur l'amitié, l'engagement et la responsabilité éthique ! Merci infiniment de toutes vos actions au Vietnam et ailleurs pour que nous mourrions un peu moins idiots !
Je n'ai pas pu vous contacter pour des conseils de publication. Voici mon courriel : zixbook@tele2.fr

Je vais de ce pas acheter tous vos livres. Bien à vous,

Bùi Huy Trang